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Les trottinettes électriques : les dés sont relancés à Paris.

Mis à jour : janv. 18

Fin juillet, la mairie de Paris a relevé les noms des trois opérateurs de trottinettes électriques en libre-service qu’elle avait sélectionné. Ce sont: Dott, Lime et Tiers.



Introduction

Il faut noter qu’une quinzaine d’opérateurs avaient envahi la capitale. À la suite des problèmes qu’engendrait cette surabondance la mairie de Paris avait lancé un appel d’offres en décembre 2019 afin de sélectionner les trois entreprises qui investiraient les rues parisiennes avec 5 000 trottinettes chacune pour les deux prochaines années.

Tweet de Anne Hidalgo le 23 juillet 2020 : « Toutes mes félicitations à @limebike, @dott_fr et @tierscooters, lauréats de l’appel d’offre trottinette lancée par @Paris. Ces 3 opérateurs seront les seuls à pouvoir déployer chacun 5.000 trottinettes maximum dans Paris. cc @David_Belliard »



I. Les différents acteurs

Qui sont ces trois gagnants ?

Dott : Cette startup française qui a déjà conquis Bruxelles est arrivée assez tardivement dans les rues parisiennes. La robustesse des trottinettes est leur atout majeur, afin d’éviter le gâchis et la pollution Dott a su créer des trottinettes « qui tiennent la route ». Même si sa flotte a eu du mal à faire sa place dans la capitale parisienne, Dott a su s’imposer à travers son design, son large repose-pied très apprécié par ses utilisateurs qui très vite a été copié par ses concurrents.


Lime : Ce leader californien qui compte Uber et Google comme investisseurs est le premier à être arrivé sur le marché parisien en juin 2018, c’est également le plus présent, il revendique plus de 22 millions de trajets à son actif à Paris. Pourtant Lime est un des opérateurs les plus coûteux, en effet les utilisateurs doivent charger 5, 10 ou 20€ au préalable dans le portefeuille virtuel pour pouvoir débloquer un véhicule. Cela n'empêche pas Lime d’être présent dans plus de 120 villes du monde. Il n’était pourtant pas parti du bon pied avec les collectivités françaises, en effet, l’opérateur n’avait pas été retenu lors de l’appel d’offres à Marseille et s’était fait renvoyer de Bordeaux car il s’y était installé sans prévenir la mairie bordelaise.


Tier Mobility: Cet opérateur allemand a su se faire remarquer avec sa batterie amovible. En effet, au lieu que des « juicers » de nuit chargent des camions entiers de trottinettes afin de les faire recharger, des opérateurs circulent à vélo cargos (électriques) la journée pour changer les batteries vides. Grandement critiqué à cause de son application médiocre et de sa géolocalisation très approximative Tiers a tout de même su tirer son épingle du jeu car il est également présent à Grenoble où il a déployé 500 trottinettes.


Et les autres ?

Le coup est rude pour les autres entreprises, par exemple l'américain Bird qui avait annoncé que Paris serait sa deuxième maison, avec l’ouverture d’un nouveau siège dans la capitale française ainsi que des emplois à la clef, mais celui-ci n’a pas été retenu. Cela serait peut-être dû à son bad buzz de début mars, où pendant le confinement plus de 30% des salariés avaient été licenciés lors d’une visio-conférence de deux minutes !

Même si deux acteurs européens dont un opérateur français ont été sélectionnés, le fait que le français Pony n’ait pas été retenu a suscité de vives critiques.

Quant à Jump (le service de vélos et de trottinettes de Uber) il s’était déjà retiré de la capitale. Ce retrait soudain s'était déjà produit dans plusieurs villes d'Europe et des Etats-Unis, où l'opérateur s'était aussi implanté. Il faut noter que Jump subissait des difficultés financières liées à la COVID-19. Cela n'a pourtant pas empêché sa maison-mère Uber d'investir 170 millions de dollars en mai dernier pour renflouer Lime, déclenchant par la même occasion la signature d'un accord visant à intégrer les activités de Jump à celles de Lime.




II. Les critères de sélections :

Lors de cet appel d’offres lancé en décembre 2019, 3 critères étaient pris en compte :

- La responsabilité environnementale (40%)

- La sécurité des passagers et la gestion (30%)

- La recharge du parc (30%)

Il faut noter également, que ces opérateurs devront s’acquitter d’une redevance annuelle de 45 à 65€ par engin et des règles de stationnement devront être rigoureusement respectées par les clients.

La mairie de Paris avait reçu un grand nombre de critiques à cause des rues qui étaient devenues des « aires de jeux pour trottinettes ». Ainsi l’opinion public s’était émue parce que des jeunes faisaient du rodéo avec des trottinettes Lime sur les champs Elysées en prenant du gaz hilarant.


Les trois sociétés de scooters sélectionnés ont pris beaucoup d'engagements environnementaux et sociaux (comme embaucher leurs « Juiciers » en CDI pour éviter le travail précaire) qui sont devenu des priorités si elles veulent rester. Par exemple, Lime a déclaré dans un article qu'il alimentait ses entrepôts avec de l'énergie renouvelable locale, qu’il employait un programme de réparation et de réutilisation avec de la main-d'œuvre locale, qu’il recyclait 97% des matériaux en fin de vie et qu’il exploitait une flotte certifiée CarbonNeutral.



III. Un exemple suivi par d’autres villes

L'année dernière, Paris avait annoncé un plan pour remettre de l'ordre en sélectionnant trois opérateurs officiels. « Nous avons besoin d'ordre et de règles pour assurer la sécurité routière et pour calmer les rues, les trottoirs et les quartiers de notre ville», avait déclaré Anne Hidalgo en 2019. À la suite de cela, l’appel d’offres avait été lancé à la fin de l’année.

Ce type d’appel d’offres a déjà été mis en place par d’autres villes en France, comme Marseille en 2019 où Bird, Voi et Circ avait été retenues ou également Grenoble qui avait sélectionné Tier Mobility. La ville de Lyon où plus de treize opérateurs se sont développés annoncera en septembre qu’elles seront les trois entreprises retenues. C’est peut-être à la suite de ces mesures prises à travers ces appels d’offres par certaines villes françaises que de l’autre côté de la Manche, la stratégie a été revue. En effet depuis le 4 juillet les trottinettes sont de nouveau autorisées dans quelques villes britanniques, d’ailleurs l’acteur Voi a annoncé une levée de fonds de 26 millions, pour en partie se développer en Angleterre.


IV. Un effet sur la micromobilité

Il faut noter qu’initialement, la COVID-19 avait mis un terme à l'industrie du partage des trottinettes. Le nombre de passagers avait chuté alors que certaines entreprises de scooters retiraient leurs véhicules des rues des villes. Bird et Lime, les deux plus grandes entreprises en termes de taille de flotte et de valorisation, ont procédé à des licenciements massifs ces derniers mois. Mais l'industrie se redresse lentement, grâce à un regain d'intérêt pour le vélo, la trottinette, le scooter et d'autres modes de transport alternatifs. En effet, ces modes de transports ont explosé à la suite du déconfinement. Cela se traduit par le fait que les utilisateurs recherchaient des moyens sûrs de se déplacer.

Début juillet Lime a rapporté qu'en moyenne, les trajets en trottinettes par rapport à avant le confinement ont duré 34% plus longtemps et que 18% des trajets étaient plus longs.




Conclusion

Ces différents appels d’offres mis en place par les villes vont amener les acteurs à se consolider à travers des partenariats comme on a pu le voir avec Blablaride (Blablacar + Voi), en s’ouvrant à de nouveaux marchés comme Lime qui s’est ouvert aux professionnels ou bien à travers des rachats comme Uber avec Lime. La micromobilité est en perpétuelle évolution espérons qu’il n’y aura pas de gaspillage, comme nous avons pu le voir avec Jump qui a envoyé une partie de ses vélos à la casse lorsqu’il s’est retiré de certaines villes.